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Maroc : la rupture entre les avocats et l’Exécutif plonge les tribunaux dans l’impasse

Par Lesinfos -le

Maroc : la rupture entre les avocats et l’Exécutif plonge les tribunaux dans l’impasse
Le conflit entre les avocats et l’Exécutif franchit un seuil critique. L’Association des barreaux du Maroc annonce un arrêt illimité de l’activité professionnelle, ouvrant une séquence de forte tension institutionnelle aux conséquences directes pour les justiciables.

La justice marocaine entre dans une zone de turbulences inédites. L’Association des barreaux du Maroc a acté un arrêt global des prestations professionnelles « jusqu’à nouvel ordre », scellant l’ouverture d’un bras de fer assumé avec le gouvernement autour du projet de loi encadrant la profession d’avocat. Une décision lourde de sens, qui désorganise le fonctionnement quotidien des juridictions.

 

Sur le terrain, l’impact est immédiat. Audiences reportées, dossiers ajournés, procédures gelées. Les tribunaux continuent de fonctionner, mais sans l’un de leurs piliers. Les justiciables se retrouvent pris au milieu d’un conflit qui dépasse désormais la sphère corporatiste pour toucher au cœur de l’accès à la justice.

 

Pour les robes noires, le choix est présenté comme contraint. La grève illimitée, qualifiée de « mouvement ouvert », est justifiée par ce qu’elles décrivent comme une absence totale de volonté politique de dialogue. Malgré les alertes répétées, l’Exécutif maintient le projet de loi sur son parcours législatif, sans suspension ni reprise des négociations. Une posture interprétée comme un passage en force sur un texte jugé structurant pour l’équilibre du système judiciaire.

 

Dans sa communication, l’Association des barreaux affirme avoir multiplié les démarches. Des échanges ont été engagés avec des institutions constitutionnelles et des formations politiques, de la majorité comme de l’opposition. Mais, selon elle, ces discussions n’ont débouché sur aucun acte concret, malgré des déclarations officielles promettant une ouverture au dialogue.

 

Le cœur du désaccord est clair. Les avocats exigent le retrait pur et simple du projet de loi et la relance du débat sur de nouvelles bases. Ils réclament une méthodologie réellement participative, estimant que le texte actuel remet en cause les fondements de la profession. Sont invoqués, de manière récurrente, les principes de liberté, d’indépendance, d’immunité et d’autorégulation, considérés comme indissociables du droit à la défense.

 

La profession insiste sur la portée politique de sa mobilisation. Le discours se veut dépassionné et élargi. Il ne s’agirait pas de préserver des intérêts catégoriels, mais de défendre une vision de la justice conforme aux exigences de l’État de droit. À travers ce mouvement, les avocats entendent poser la question de la qualité du procès équitable et des garanties offertes au citoyen face à l’institution judiciaire.

 

Dans les faits, la mobilisation se durcit. L’arrêt total des prestations est maintenu sans échéance. Le boycott de la plateforme de contentieux à distance se poursuit, tout comme la suspension du paiement des frais judiciaires par ce canal. Des choix qui alourdissent encore la pression sur un appareil judiciaire déjà fragilisé.

 

En parallèle, l’Association des barreaux annonce une montée en puissance de sa communication. Une conférence de presse est prévue mardi 3 février. Des correspondances ont également été adressées au président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et à plusieurs responsables judiciaires, afin d’examiner les moyens de limiter l’impact du conflit sur les droits des justiciables.

 

La rue reste aussi un levier assumé. Après un sit-in organisé la semaine dernière devant le ministère de la Justice, une manifestation nationale est annoncée vendredi 6 février devant le Parlement. Un signal politique fort, destiné à placer le débat au centre de l’espace public.

 

Le gouvernement se retrouve désormais face à un choix délicat. Poursuivre son agenda législatif au risque d’un blocage prolongé des juridictions, ou rouvrir un dialogue de fond avec une profession qui revendique son rôle de rempart institutionnel. Dans l’attente, la justice avance au ralenti, suspendue à l’issue d’un bras de fer devenu frontal.


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